Nicolas Rollet s’en donne à chœur joie

23 mars 2018

Nicolas Rollet, performeur vocal et spécialisé dans l’étude des interactions sociales, est intervenu dans le cadre de l’UE culture sous le thème « chorale » en février 2011. Sept ans plus tard, il nous fait partager cette expérience vécue avec un chœur amateur composé d’étudiants venus de différentes formations.

Pour l’UE culture, vous avez dirigé une chorale d’étudiants, en quoi consistait cette expérience ?

Avec les étudiants, le principe était assez simple. Je devais proposer à un public de volontaires une performance chorale jouée à l’Atheneum. Cet atelier a été fait en binôme avec Pierre-Yves Macé membre de l’Encyclopédie de la parole. On a donc travaillé des documents de paroles enregistrées. On est parti sur une base d’unissons d’abord, puis selon les documents, diverses configurations de voix sont devenues possible. Le cœur du travail est une attention concertée sur les manières de parler, et les possibilités de les restituer, en évitant l’imitation pure.

Ce chœur était constitué d’amateurs et d’étudiants, y a-t-il un fossé avec un chœur constitué de professionnels ?

Il n’y a pas de différence avec un chœur professionnel hormis peut-être le fait que le travail était allé un peu moins vite. Et les séances ont demandé un peu plus de coordination qu’avec des professionnels qui ont l’habitude de répéter.

J’imagine que l’expérience UE Culture a influencé votre pratique ou votre technique.

Chaque atelier est une nouvelle première fois en termes d’expérience. Je sais exactement ce que je vais proposer. Cependant la manière d’y arriver émerge de l’atelier, de l’attention des participants et de leur capacité vocales et corporelles.

La diversité de formation des étudiants a-t-elle représenté un challenge ?

C’est le prérequis de ces ateliers. Ceci dit, la population, si elle est « d’étudiants », est plus homogène que dans les cas où on a à la fois des salariés, des étudiants et des fonctionnaires.

Vous êtes docteur en Science du langage, c’était votre première vocation ?

Ma seule vocation, si je puis le dire ainsi, s’énonce comme un intérêt depuis l’enfance pour la parole des autres, la parole des adultes par exemple.

En 2007, vous confondez L’Encyclopédie de la parole, projet collectif qui appréhende la diversité des formes orales. Lorsque vous faites face à la diversité de la langue comme dans l’œuvre Yokohama en 2014, est-ce un handicap ou un avantage culturel pour vous ?

Ni l’un ni l’autre. Le fait de proposer de ne pas se focaliser sur du texte, rend l’exercice performatif ouvert à tous, même sans maîtriser les variétés langagières en jeu. Parfois, il suffit qu’un traducteur accompagne la chorale et la barrière de la langue importe peu, comme ce fut le cas au Japon.

Quand vous participez à des festivals à l’étranger ou des festivals de cultures différentes, vos œuvres s’adaptent-elles au public ?

Oui, il y a toujours une attention particulière au public concerné, qu’il soit spectateur ou participant. Cette attention passe par le travail sur des extraits de paroles dans les langues pratiquées par ce public.

Parmi tous les UE présentées à l’Atheneum, seulement 2 ont été présentées au grand public dont l’un est l’UE Chorale à laquelle vous avez participé, que gardez-vous de cette mise en scène ?

Le sens du collectif, l’investissement et les chaleureux remerciements à la fin de cette expérience m’ont suffi pour comprendre que cela avait été une réussite. Dans mon souvenir, le public avait chaleureusement applaudi. C’est pour moi une grande satisfaction.

Adrienne M.MAVINGA, le 13 mars 2018

 

Biographie

Nicolas Rollet est docteur de l’université de la Sorbonne Paris 3 en science du langage en 2012 et s’est à ce titre spécialisé dans l’étude des interactions sociales. Il s’intéresse à la façon dont le langagier s’inscrit avec le corps et des dispositifs techniques, dans des activités complexes. En 2007, il cofonde l’Encyclopédie de la parole où il développe notamment des performances vocales et un travail d’écriture et de l’oral à partir d’enregistrements basés sur des pièces sonores, des spectacles ou des journaux.
Entre 2012 et 2014 il assure la direction musicale de Suite n°1 ‘ABC, spectacle de l’encyclopédie de la parole. Depuis 2014, il est chercheur associé-projet ECHO à la Bibliothèque Nationale de France. Et depuis 2017, il est maître de conférences à Télécom ParisTech dans le département de Sciences Economiques et Sociales et s’intéresse spécifiquement aux interactions Homme-machine.