Percut’ et récup’

22 mars 2018

Alfred Spirli, batteur autodidacte fabriquant son propre instrumentarium à partir de « récup » est intervenu dans le cadre de l’UE culture «Jeux et constructions sonores» de 2014. Il revient avec nous sur cette expérience et nous parle de son art du tous et n’importe quoi.

J’ai apprécié écouter vos œuvres, «la souplesse de la baleine» et Bruits de couloir. Néanmoins, il s’agit d’un mélange d’arts peut connu. Pourriez-vous m’apporter des clefs pour le comprendre et l’apprécier au mieux?
J’ai été choisi par l’équipe de l’Université de Bourgogne car mon travail est très varié. Je fais des spectacles à la fois visuels et sonores qui peuvent s’apparenter en certains points au théâtre musical. Je travaille avec des objets issus de la récupération en essayant de ne pas reproduire des instruments existants. J’ai commencé en tant que batteur, n’ayant pas les moyens d’acheter toutes les percutions j’ai commencé à les fabriquer moi-même avec des tuyaux, bâches de camion. On peut dire qu’il s’agissait alors des prémisses de la lutherie sauvage, c’est-à-dire le fait de fabriquer des choses avec de la recup’ ou des objets de la nature. Le fait d’avoir ces instruments, inhabituels, sur scène donnait une couleur originale à ce que je pouvais faire. J’ai également travaillé avec d’autres milieux artistiques, notamment celui du cirque avec Jérôme Thomas qui était, à l’époque, à Dijon, ainsi que le milieu de la danse notamment avec Julyen Hamilton. Il y avait un côté improvisation qui m’a beaucoup plu, expérience que j’ai développée aussi dans mes spectacles de rue.

J’ai pu remarquer que vous cassiez souvent le 4ème mur dans vos spectacles. Pouvez-vous nous dire dans quel but et quel dynamisme cela donne à votre travail ?
Faisant des spectacles de rues également, je suis directement au contact, à la fois des lieux et des gens. C’est vraiment comme si on arrivait chez eux et c’est aussi cela qui m’intéresse. Il s’agit pour moi de recréer une convivialité qui me semble aujourd’hui un peu disparue. On a l’impression aujourd’hui que la société nous pousse à se refermer sur nous-mêmes, pourtant quand on rentre chez les gens avec notre musique, nous remarquons que nous sommes vraiment accueillis. Je ne m’adresse pas par ma musique à une grosse masse de gens, mais à des personnes, directement. Ce qui m’intéresse c’est de jouer pour des gens, y compris lors des concerts avec plus de monde.

Cet art et votre manière de le voir, le tirez-vous d’influences en particulier ?
Mes parents ne m’emmenaient pas voir de spectacles. Mes premières expériences artistiques se sont faites dans la rue et dans les spectacles d’école. Je me souviens notamment avoir vu dans ma jeunesse les Gilles de Binches. Il s’agit de personnes très costumées qui jettent des oranges aux gens tout en dansant et en chantant accompagnés d’une fanfare endiablée. Je crois que ce sont eux qui m’ont motivé à faire mes premiers spectacles de rues.

Est-ce également cela qui vous a motivé à faire de la musique ?
C’est venu un peu par hasard. J’ai commencé la musique tard, vers 17 ans, dans un groupe de musique un peu rock alternatif. On a fait ça sans savoir faire de la musique, tous ensemble, chacun a choisi son instrument et on a commencé la musique. Je ne sais pas trop d’où c’est venu. J’ai été attiré par la batterie de mon oncle, j’avais envie d’en jouer sans savoir où cela allait me mener. J’ai commencé en jouant sur une chaise en bois, avec un balai et des morceaux de bois. Voilà, c’est comme ça que ça commence.

Vous intervenez souvent dans les formations ?
Oui, de plus en plus. Je participais beaucoup à des spectacles vivants ce qui ne me laissait que peu de temps pour faire des formations. Néanmoins, j’avais beaucoup de demandes, notamment à Lyon ou à Poitiers, de l’école supérieure de musique de Dijon également. J’ai commencé à faire des interventions et ça commence à me plaire. La transmission m’intéresse et je réfléchis à ce que je peux faire avec des enfants, des adultes, des musiciens et des non musiciens.

Vous avez participé à l’UE culture « Jeux et constructions sonores » de l’université de Bourgogne en 2014. Cette participation a-t-elle été importante pour vous ?
Je n’ai jamais été à la Fac, je ne connaissais pas les UE. J’ai trouvé cela drôle qu’il y est des UE sur la recup’ et les objets sonores. Cette façon de fabriquer des choses de façon un peu empirique, sans formation.

Durant cette UE vous avez travaillé en collaboration avec un professeur en électronique, informatique et image, Denis Pellion. Quels souvenirs avez-vous de cette collaboration ?
Un très bon souvenir. Il s’est lancé dans la fabrication d’objet sonore à partir d’une imprimante 3D. Il était très sympa, très à l’écoute.

Dans le cadre de cette collaboration, qu’avez-vous voulu apporter aux étudiants ?
Une ouverture sur des choses qu’ils n’avaient pas l’habitude de voir ni d’entendre. Ils étaient en effet beaucoup pris par leur étude et avaient du mal à suivre la programmation de l’atheneum. C’était une façon pour moi de les informer sur ce qu’il se passe en spectacles vivants.

Je crois que vous avez également travaillé sur l’improvisation ?
Très peu, on a eu peu de temps. Nous avons plutôt fait de la fabrication d’objets sonores pour qu’ils aient un souvenir pratique. J’ai ensuite eu des contacts avec des étudiants qui m’ont redemandé des méthodes de fabrication dans le but d’une utilisation personnelle.

J’ai également vu que dans le cadre de cet UE, vous aviez réalisé des massages sonores. Je dois vous avouer que cela m’intrigue un peu. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
Les massages sonores sont un autre aspect du son. Je travaille beaucoup avec un musicien qui s’appelle Thierry MADIOT qui a énormément développé les massages sonores. Il existe de nombreux principes de massage sonores, les siens se caractérisent par le fait qu’il masse sans toucher les personnes. Seul le son vient aux contacts de la personne. Il ne s’agit pas de soin, cela n’est pas thérapeutique. Il s’agit plutôt d’un état d’écoute. Nous en faisons de temps en temps, avec Thierry, dans des festivals.

Avez-vous des exemples d’instruments que nous pouvons fabriquer pour faire des massages sonores ?
Prenez simplement des bouts de papier différents : Alu, papier de soie. On les agite, on les froisse, on les met à proximité des oreilles. Rien qu’avec cela on peut faire une demi-douzaine de sons différents. En revanche, il est important d’être en stéréo : d’avoir le même type de son dans chaque main. Je vous invite à vous rendre sur le site de Thierry Madiot : In.ouir.

Vous êtes également membre de l’association ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire). Qu’est-ce que vous entendez par Folklore dans cette association? Et quels sont vos objectifs?
L’association est née il y a 40 ans, elle est basée sur Lyon. Il s’agit d’une association de musiciens, comme une troupe de théâtre mais musical, mais sans hiérarchie. Nous sommes actuellement 11 musiciens, tout le monde peut amener des projets. Nous créons des spectacles très variés, il faut aller sur le site de l’ARFI : l’ARFI.org pour vraiment se rendre compte de la multitude de propositions. Nous allons dans le monde entier. Nous avons notamment travaillé avec une chorale d’Afrique du sud et des chanteuses Ukrainiennes. Le folklore que l’on imagine, c’est un peu notre musique. C’est la musique que l’on invente, souvent à partir de la musique traditionnelle car nous aimons beaucoup la musique traditionnelle. Si nous devions catégoriser notre folklore, c’est un peu entre le jazz, la musique traditionnelle et le rock. C’est tout ce qui peut venir des gens de ce collectif.

Romain Gotte, le 10 mars 2018

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview Alfred Spirli :

Biographie

Alfred Spirli est un batteur autodidacte crée ses propres instruments à partir de « récup », adepte de spectacle de rue, des arts du cirque, ciné-concert, film d’animation et d’improvisation. Il est membre depuis 1997 de l’ARFI et fait partie du groupe L’Effet vapeur, avec lequel il a notamment créé un ciné-concert « Bobines Mélodies » en 2008. Il s’investit de plus en plus au sein de formations de lutherie sauvage. Il est intervenu dans le cadre de l’UE culture «Jeux et constructions sonores» de 2014.