Nuit bleue au théâtre

22 mars 2018

Fabrice Blaise est régisseur général de l’atheneum et éclairagiste. Il aborde avec nous sa participation à la 7ème année de cette Unité d’Enseignement consacrée à la lumière. En 2015, il a exploré ce phénomène physique et artistique d’une façon très singulière, entre jeux optiques, modification de la perception et faux-semblant.

Pourquoi voulais-tu aborder le thème de la lumière ?
C’était « l’Année de la lumière » en 2015. Je suis régisseur général, mais je fais avant tout des créations lumières de spectacles. L’UE, c’est un lien entre un artiste et un chercheur ou un professeur. Peggy Camus, qui se charge de l’organisation de cet événement, a commencé à chercher un ingénieur de l’ESIREM qui travaillait sur les lasers, sur la lumière… Mais je ne voulais pas une approche théorique de la lumière. Je ne voulais pas travailler sur la consommation de la lumière, par exemple. On souhaitait plutôt une approche philosophique, sur les images, sur l’imaginaire. Pierre Ancet a pu ainsi assurer cette partie théorique.

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Quelle a été ton approche ?
Nous avons vu les bases de la technique : le projecteur fait ça et on le met comme ça pour cette raison. On a travaillé sur la couleur, les directions et la rythmique d’enchaînements de lumière. Je leur ai fais pas mal de « tours de magie ». Par exemple, en leur éclairant des roses de différentes couleurs, ils ne savaient plus de quelles couleurs elles étaient réellement. Par ailleurs, une certaine direction de lumière va nous faire penser à la nuit sans même avoir besoin de la couleur.

Comment ça pas besoin ?
Le titre de l’UE était « Pourquoi la nuit est bleue au théâtre? » . C’est parti d’un livre de François-Eric Valentin. Quand on ferme les yeux, on s’imagine une nuit bleue, pourtant ça n’est pas le cas dans la réalité. Pour moi, le théâtre ça n’est pas la vraie vie. L’exercice que je proposais, c’était de penser à la localisation de leur ombre : « Où est ton ombre ? » . Pour la plupart d’entre nous, l’ombre est derrière soi. Et au théâtre, j’aime bien que l’on voit les ombres devant les comédiens, ça crée comme deux personnes… Toutes les ombres sont devant, et ça, déjà ça amène ailleurs.

Peux-tu nous indiquer brièvement le contenu la partie théorique de l’UE ?
Pierre Ancet a montré beaucoup d’images de Mauritus Cornelis Escher comme l’escalier impossible de Penrose… Il a abordé le thème sur le visible et l’invisible, sur le réel qui n’est pas réel, enfin plus particulièrement sur ce qu’on s’imagine être vrai.

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Qu’avais-tu envie de transmettre ?
Que la lumière n’existe pas, la lumière ça n’est rien. Elle n’existe que parce qu’elle touche quelque chose. Les étudiants cette UE ont pu comprendre en abordant les choses de cette façon ce que c’était que la lumière. Je voulais qu’ils puissent aller voir les spectacles différemment, idem pour des films, des photos et des tableaux. Par exemple, comment le peintre a retranscrit l’éclairage dans un tableau. Avec Pierre, on voulait qu’ils repèrent ce travail de la lumière. J’ai revu des étudiants et ils m’ont dit qu’ils ne regardaient plus que ça, la lumière, donc ils sont un peu énervés. Mais qu’ils se rassurent, il y a un moment où ça passera… un peu. (rires)

Régis Jarret, le 15 mars 2018

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Fabrice Blaise :

Biographie

Régisseur général de l’atheneum depuis 2005, Fabrice Blaise mène à bien l’accueil technique des spectacles : coordination des besoins techniques pour la lumière, le son et les besoins scénographiques. Il commence par faire une école de radio pour être technicien de radio pendant 6 mois. Mais ne voulant pas rester enfermé dans un studio, il est parti dans un centre de vacances où il commence à s’orienter vers le spectacle. Le vrai tremplin a été son service militaire dans un théâtre, il devient créateur lumière et éclairagiste. Une formation sur le tas.