Mathias Poisson : Des cartes sensibles qui confrontent les imaginaires

22 mars 2018

Peggy Camus, chargée des actions culturelles de l’Atheneum nous raconte l’UE culture dirigée par Mathias Poisson. Artiste pluridisciplinaire, il travaille sur notre conception de l’espace, en particulier les déplacements contraints en milieu urbain. Au sein de l’UE culture, il offrait une lecture sensible des paysages de notre quotidien.

Mathias Poisson semble s’intéresser en particulier aux milieux urbains, est-ce que c’est cela qui vous a fait choisir cet artiste pour l’UE Culture?

Initialement, Mathias Poisson a été invité pour assister à la performance d’une autre artiste, Catherine Contour que l’on a accueillie à l’Atheneum dans le cadre d’Art Danse. Il y a eu une rencontre artistique et humaine. Mathias nous a montré son travail et on a eu envie de montrer sa production plastique. C’est un artiste multifacette qui se définit lui-même comme un promeneur. On a donc voulu présenter son exposition dans le cadre de l’ouverture de saison de L’Atheneum et après une conférence, on lui a naturellement proposé une UE culture en novembre 2009.

Mathias travaille régulièrement avec collaborateurs, la majorité de ses oeuvres sont consignées. En quoi l’UE Culture s’est-elle intégrée dans son travail ?

Mathias est un artiste qui a besoin de se nourrir d’expériences. L’UE Culture « Arts Plastiques » à très vite amené les étudiants inscrits à se promener sur le Campus, à faire l’expérience d’eux-même. Il fait partie de cette famille d’artiste qui a besoin de se nourrir des autres.

Pour chaque projet, il revendique l’élaboration d’une nouvelle méthode de travail, qu’elle fût sa démarche dans le cadre de cette UE ?

Mathias avait pris le temps de découvrir le campus en se promenant et très vite, il a pris le temps d’emmener les étudiants en promenade sur le terrain.

Comme tu l’as précisé, Mathias est un artiste pluridisciplinaire (édition, danse, performance). Est-ce que ses ateliers au sein de l’UE Culture ont aussi fait appel à plusieurs moyens d’expression ?

En effet, en plus des promenades, la restitution graphique sous forme de carte faisait aussi parti de la commande. Il avait vraiment envie d’un résultat, une carte sensible du Campus. C’était aussi une première pour nous car les UE culture représentent généralement une initiation à une discipline sans pour autant avoir d’objectifs de résultats.

Les cartes sensorielles rappellent parfois le fonctionnement d’un corps, certaines ressemblent à des organes avec par exemple des cours d’eau représentés en artères, es-tu sensible à son esthétique ?

Indéniablement. Sensible aussi à son personnage, à son dessin. Je me rappelle très bien de son exposition à l’Atheneum, un travail très organique, précis, avec de nombreux détails. Ce ne sont pas des cartes ordinaires, elles sont vivantes. Dans le cadre de l’UE Culture, les étudiants ont réussi à représenter la sensation du vent de la pelouse, c’est très poétique. Cette carte mêle aussi des éléments textuels, c’est un travail total.

Les recherches de Mathias Poisson sur les promenades urbaines ont commencés en 2001 si bien que l’exposition « Graphie du déplacement » a du beaucoup évoluer au fil du temps. Est-ce que vous en avez parlé ensemble ?

Malheureusement non, nous n’avons pas eu le temps de parler de la suite de son parcours même si je reçois régulièrement des nouvelles. Il continue de proposer des promenades comme les balades blanches en collaboration avec Alain Michard.

Mathias Poisson a travaillé en collaboration avec Pierre Ancet dans le cadre de cette UE Culture, est-ce que c’est Mathias qui voulait travailler avec un philosophe ?

En 2009 on était encore au tout début des UE culture et nous avons commencé à travailler avec Pierre Ancet comme enseignant qui est rapidement devenu responsable des UE Culture. La rencontre entre les deux s’est faite naturellement, je pense que la thématique du corps qui évolue dans l’espace intéressait beaucoup Pierre Ancet. D’ailleurs, il était présent à l’ouverture de saison de l’Atheneum quand Mathias proposait ses promenades sensorielles nocturnes, des performances inédites sur le campus. Pierre a vécu cette expérience ce qui l’a motivé à participer dans cette aventure des UE culture avec Mathias.

Toi qui as pu les observer, comment s’est passé cette collaboration ? Est-ce que l’un des deux n’est pas passé dans l’ombre de l’autre ?

Je n’ai pas du tout ce sentiment là, au contraire. Pierre avait joué le jeu de venir à l’atelier de Mathias Poisson ce qui n’est pas toujours évident car les étudiants alternent un week-end de cours avec l’enseignant et un autre d’atelier pratique avec l’artiste. De ce fait, il est assez difficile de faire croiser les intervenants, Pierre est parvenu à voir Mathias et les étudiants au travail, on peut parler d’une véritable collaboration.

Quelles difficultés Mathias Poisson a-t-il rencontré pendant ses ateliers avec son groupe d’étudiants ? Et inversement…

Je n’ai pas le souvenir de difficultés ou de blocages. Les étudiants étaient peu nombreux au début des UE culture mais ils ont très vite joué le jeu. Dans le cadre de l’élaboration de la carte, un travail qui demande une certaine implication, ils ont su se répartir les tâches et s’investir pleinement si bien qu’au terme de l’UE, il a vraiment fallu les pousser pour partir !

Tu as évoquée plusieurs fois que l’UE était accompagnée de temps de promenade, comment se déroulaient-elles et en quoi cela a-t-il aidé à la restitution graphique finale ?

Les étudiants sont passés par l’expérience physique, la sensation. Le principe de ces promenades était de porter des lunettes floutées et de partir, guidé par un tiers à la découverte de différents endroits du campus, principalement en extérieur. Quand la vue est quelque peu perturbée, les autres sens se développent et donnent une perception du paysage tout à fait différente. L’objectif, c’était de retranscrire ces sensations la par le dessin et l’écriture.

Quelle liberté Mathias Poisson a-t-il donné à son groupe d’étudiants lors de l’élaboration de la carte subjective du campus de l’Université de Dijon ?

Il y avait une liberté mais en même temps une certaine conduite, une certaine orientation. Quand on regarde la carte réalisée au sein de l’UE culture et les autres travaux de Mathias Poisson, il y a une unité graphique. Notamment la perspective, qui est bien présente mais totalement écrasée, un trait propre au travail de Mathias. Ici, une grande surface de gazon occupe quasiment toute la place de la carte tandis que les bâtiments qui restent reconnaissables sont repoussés aux extrémités. Je dirai que c’est une carte avec une interprétation libre mais dirigée.

Penses-tu que cette rencontre a été essentielle pour les étudiants et pour Pierre Ancet ?

Tout à fait. Je n’ai pas eu l’occasion de recroiser les étudiants ayant participé à cette UE mais j’espère ne pas me tromper en affirmant que cette expérience, ces sensations restent. Les promenades sensorielles, dans des lieux que les étudiants connaissaient mais ont appris à redécouvrir, je pense que ce n’est pas quelque chose de banal, que l’on prendrait le temps de faire tous les jours. Je pense que c’est une expérience qui marque notre corps.

Quel souvenir gardes-tu de cette rencontre ?

Un souvenir très fort d’étudiants très impliqués dans l’UE pendant ces deux week-end. Aussi, nous avons la chance de garder une trace de cette UE avec cette belle carte disponible à l’Atheneum, elle constitue elle-même, un beau souvenir et une invitation.

Thibault Barat, le 17 mars 2018

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Peggy Camus :

Biographie

Mathias Poisson est un plasticien, dessinateur et performeur qui déploie un intérêt particulier pour la promenade et l’expérience subjective des lieux. Il a été interprète et scénographe durant une dizaine d’années auprès de plusieurs chorégraphes et metteurs en scène. Depuis 2001, il développe ses recherches et propositions artistiques autour de la pratique des promenades, en particulier dans un environnement urbain. Il est notamment l’auteur d’un guide touristique expérimental et il dessine des cartes sensibles des lieux qu’il visite qui nous questionne sur les modes de représentation de la promenade autant par l’écriture et l’image que par la performance. Ses cartes subjectives nourissent et renouvellent son exposition « Graphie du déplacement » de part des lieux et contextes toujours différents.