Le bruit des mots d’Idem Collectif

22 mars 2018

Allier les études à la réflexion et aux pratiques culturelles, tel est l’objectif de l’UE culture. Et le rôle que s’assigne Aline Reviriaud dans sa mission de transmetteure. Pour Aline, participer à l’UE culture « met du vent dans les ailes ». Ce vent dijonnais l’a poussé à me rejoindre dans les studios de Radio Campus pour me chanter les variations de son parcours de théâtre et ses souvenirs des ateliers qu’Idem collectif a conduit en 2008.

Aline, vous êtes auteure, comédienne et metteure en scène. Vous touchez à tout ce qui a trait au théâtre.

Remettons les choses dans l’ordre, comme au tiercé. Le tiercé qui assure maintenant ma vie, c’est à dire, qui m’assoit au niveau professionnel, c’est plutôt metteure en scène, autrice, parce que maintenant le terme se féminise et c’est une bonne nouvelle ! Et ensuite comédienne. Mais surtout transmetteure. La vie fait que parfois on est destiné à un certain chemin et parfois les choses changent. J’ai fait une fac’ de philo jusqu’en maitrise et, en parallèle, le Conservatoire régional. À la fin du cursus au conservatoire, des compagnies sont venues me chercher pour m’embaucher. À l’époque, il n’y avait pas encore d’écoles de mise en scène en France. Les femmes ont donné corps à la science, corps au théâtre et ont commencé par être actrice ou comédienne, et petit à petit, la culture nous a permises d’assumer d’être metteure ou mettrice en scène.

Aujourd’hui, quelle serait votre définition du métier de comédienne ?

Ce que je peux dire c’est que le métier change. À l’époque, au conservatoire, on nous apprenait à nous déplacer dans des cases comme au cinéma : « tu vas en A2 en A1 », comme un jeux d’échec. Ensuite, venait la diction, l’articulation : comment dire le texte etc. Maintenant, je dirais que l’acteur devient créateur, c’est à dire, qu’il fait le chemin entre lui et les textes. Il essaie de créer du présent pour un public. Et il se met au service du scénographe ou du metteur en scène, et surtout au service d’un auteur.

Vous avez donc une maitrise de philosophie. Comment influence-t-elle votre travail ? 

Elle influence la dramaturgie, c’est à dire la réflexion aux sens du texte, le travail des intuitions, la possibilité d’en faire un lieu commun, de créer une grande histoire à partir d’une petite. La gymnastique intellectuelle que la philosophie m’a appris ; me permet de me poser des questions sans faire du plateau un endroit de vérité : de créer des petits mystères qui en créent d’autres.

Justement, la notion de texte a de l’importance pour vous et le texte était aussi l’objet de l’UE Culture que vous avez mené. Que pouvez-vous me dire sur son contenu ? 

Comme au cirque, les artistes ont des agrès : ils ont du fil, des trapèzes. Pour moi le texte est un agrès, c’est-à-dire, quelque chose sur lequel je peux m’appuyer et qui fait travailler tous mes muscles, cortex compris. Par exemple, j’ai pu travailler sur les textes de Valère Novarina avec des étudiants. Ce n’est pas tant le sens du texte mais l’accumulation de rythmes et l’écriture très musicale qui donnait une expérience assez singulière. On était orchestré par sa langue et il y avait une notion de chœur très fort, une mécanique textuelle qu’on s’amusait à faire claquer et sonner.

Comment Idem Collectif a été amené à travailler avec l’UE culture à l’atheneum ?

La directrice de l’époque Béatrice Hanin, est venu voir Insert, le premier spectacle du Collectif, elle a beaucoup aimé. Elle a beaucoup apprécié ce trio de filles travaillant la langue de Minyana ( et nous a demandé si on voulait partir avec elle sur une forme, une aventure. On a choisi de monter Les bonnes de Jean Genet, qu’on a joué dans les nouvelles loges de l’atheneum, et ça a été une très belle expérience. On est parti ensuite en décentralisation avec cette très belle équipe. L’atheneum c’est un lieu, un refuge artistique où on est très heureuses de revenir en avril avec une nouvelle forme théâtrale : Yaacobi et Leidental.

Que pensez-vous avoir apporté aux étudiants de l’UE ?

Ce qui m’a beaucoup plu, c’est de rencontrer des étudiants et de faire ensemble ce fameux petit pas de côté pour voir les choses autrement. C’était une très belle aventure humaine. J’ai essayé de leur montrer qu’un texte fait du bruit, que ce n’est pas qu’un message mais qu’il est aussi possible de créer du son : du bruit et des mystères et puis d’être ensemble, vraiment, d’une façon sportive.

Je suppose que l’UE culture a eu une influence sur vous. Quelle est-elle ? 

Comme toutes les rencontres. On n’est jamais les mêmes qu’avant. Transmettre et partager avec une équipe, ça nous modifie forcément. Donc c’est comme un nouvel éclairage sur d’autres sensations, d’autres intuitions. Ça met du vent dans les ailes.

Estelle Riandet, le 17 mars 2018

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview d’Aline Reviriaud :

Biographie

Aline Reviriaud
Auteure / Comédienne / Metteure en scène / Transmetteure / Dramaturge
Aline est également responsable artistique de la compagnie de théatre Idem Collectif.

Tout a débuté par des cours universitaire de philosophie et par le cursus d’art dramatique qu’elle suit au Conservatoire régional de Bourgogne.
Puis, Aline a travaillé dans diverses compagnies en tant que comédienne. Parallèlement, elle assure des formations de théatre. L’UE théatre de 2008 compte parmis ce travail de formation.

En 2008, Aline crée la compagnie de théâtre Idem Collectif avec deux consœurs. Mais n’arrête pas pour autant sont rôle de transmetteure.

Idem Collectif donnera une représentation le jeudi 26 avril à 20h, à l’atheneum.