« Je suis ni l’un ni l’autre »

22 mars 2018

Après avoir été l’interprète d’Angelin Preljocaj, Hervé Chaussard, est aujourd’hui chorégraphe et fondateur de sa propre compagnie The Will Corporation. Il réalise des chorégraphies d’un haut niveau technique et créatif. Retour sur son parcours et sur l’UE Culture qu’il a mené en novembre 2011.

Vous avez été un interprète d’Angelin Preljocaj pendant neuf ans. Est-ce que son travail à la fois sensuel et violent vous a influencé ?
Oui complètement, c’est même limite, un peu comme un maître et voilà en tant que disciple je m’écarte de son travail, mais c’est toujours en lien avec lui je pense.

Votre compagnie s’appelle The Will Corporation. Pourquoi avez-vous choisi un nom en anglais ? Et pourquoi The Will’?
The Will parce que je suis fan d’un philosophe, Arthur Schopenhauer, qui a comme ouvrage principal Le Monde comme volonté et comme représentation. Donc voilà, c’est le concept de volonté qui m’a toujours fasciné. Et puis en anglais, c’est l’histoire de rendre le truc un peu plus pop, un peu plus accessible qu’un truc français, un peu lourd.

J’ai vu que vous travaillez toujours avec quatre ou cinq danseurs, pourquoi toujours ce chiffre?
Quatre, c’est pratique. C’est assez génial comme chiffre au niveau des combinaisons et au niveau des formes géométriques, on peut faire des carrés. C’est fascinant, on peut faire des quatre points. Après trois, tout ce qui est impair je trouve que c’est un peu difficile, à part le chiffre sept. Mais quatre, huit, six c’est bien aussi. C’est moins intéressant que quatre quelque part.

Pourquoi est-ce que vous avez choisi ces quatre danseurs et pas d’autres ?
Les deux danseuses, je les ai vues en scène pendant les spectacles. Je les ai trouvées assez fascinantes. Pour un des danseurs, j’ai travaillé avec lui au ballet Preljocaj. Je le trouve vraiment exceptionnel. Et le quatrième, j’ai beaucoup entendu parler de lui, je ne l’ai jamais vu danser sauf sur des extraits vidéos sur Internet et notamment dans un extrait, où je l’ai trouvé vraiment fabuleux, j’ai dit « on y va, on essaie ». Voilà, c’était comme ça.

Il y a toujours un thème très clair pour chaque pièce. Comment choisissez-vous cette idée ?
C’est un peu comme des choses qui manquent toujours depuis l’enfance, des réminiscences de mon enfance qui ont quand même évoluées dans ma vie qui ont toujours été à côté de moi des sujets qui ont toujours été dans mes réflexions et il y a des moments où je me dis : « Tiens, ce serait bien que ce ne soit pas que dans ma tête, ce serait bien que je le confronte au réel, au monde extérieur. »

Qu’est-ce qui, dans votre travail, peut vous distinguer des autres chorégraphes?
C’est rigolo comme question. Par rapport à tout ce qui est dans la danse, tout ce qui est performant etcetera je ne suis pas du tout dans cet endroit-là, mais en même temps je ne suis pas non plus à l’endroit de l’écriture pure, le côté pas de costumes, très épurés. Dans le monde de la danse contemporaine il y a une opposition. D’un côté performance, non-danse, un peu plus show, théâtral. D’un autre côté, la danse est un peu plus académique, un peu plus écrite. Je suis ni à l’un ni à l’autre, mais en même temps je suis un peu dans les deux quand même.

En 2011, vous êtes venu à Dijon pour le projet d’UE Culture. Est-ce que c’était agréable pour vous ?
Yes, c’était super ! C’était fun. Il y avait une super ambiance. Oui, il y avait vraiment une atmosphère très récréative. C’était vraiment chouette. Ensuite, est-ce que j’ai apporté quelque chose aux étudiants ? Je ne sais pas. Forcément je suis content, mais après il y a toujours des exigences. Il y a toujours des endroits où je me dis : « j’aurais mieux fait de faire comme ci, j’aurais mieux fait de faire comme ça ». Donc, il y a une partie de moi qui est contente de l’échange, mais après en tant que travailleur… Mon exigence peut m’emmener plus loin.

Lotte Claes, le 17 mars 2018

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Hervé Chaussard :

Biographie

Hervé Chaussard, danseur chorégraphe, découvre la danse au Centre Chorégraphique de l’Yonne. Il continue son enseignement à Paris, au Conservatoire National Supérieur. Il débute sa carrière à l’opéra de Nice. Ensuite, il danse sur des chorégraphies d’Odile Duboc, Peter Goss et d’autres. Pendant neuf ans, il participe à seize pièces, dont neuf avec le chorégraphe Angelin Preljocaj. Il y a 8 ans il fonde sa propre compagnie The Will Corporation, un titre inspiré par Schopenhauer. Sa chorégraphie est mi-chemin de la danse contemporaine et de la danse académique, tout en restant singulière.
Son site : http://thewillcorporation.tumblr.com/